Bonjour à tous. Je me pose une question depuis quelques semaines et je n’arrive pas à trancher. Après cinq ans passés ici, je commence à me sentir chez moi, mes enfants sont parfaitement intégrés à l’école, et pourtant il y a ce petit truc qui me travaille. Quand je rentre voir ma famille dans mon pays d’origine, je me surprends à avoir des réflexes d’ici, à expliquer des choses avec des références locales, et mes proches me trouvent changé. En rentrant ici, c’est l’inverse, je sais que certaines nuances de ma culture d’origine m’échappent déjà. Je ne regrette pas mon choix, mais cette sensation d’être un peu entre deux mondes, sans vraiment en quitter un pour l’autre, est parfois déroutante. Certains d’entre vous vivent-ils cette forme subtile de déracinement après plusieurs années ? Comment le vivez-vous au quotidien ?
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Comment vivre ce déracinement après des années loin de chez soi ?
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Oui, ce déracinement existe vraiment. On croit s’être bien enraciné, puis revenir dans le pays d’origine fait surgir des réflexes d’ici: les détails du quotidien, les expressions, les habitudes de parler. C’est déstabilisant mais c’est aussi fascinant d’observer ce mélange qui se glisse sous la peau.
Le déracinement n’est pas une porte qui se ferme mais un pont qui se déplace. Après des années, l’identité devient un terrain d’expérimentation: on parle différemment, on écoute différemment, on voit les choses sous deux éclairages. Et c’est normal que l’équilibre évolue avec les saisons et le vécu.
Franchement, ce déracinement me parle aussi. Un jour ici, un jour là, et tout se mélange sans que je puisse dire où est ‘chez moi’. Parfois j’ai l’impression d’être en double vision, mais c’est juste ma peau qui s’adapte.
Et si ce déracinement était moins un problème qu’un signe que les mondes s’interpénètrent, que les histoires se réécrivent sans que l’on s’en rende compte ?
Je me souviens d’un dîner où, en parlant d’une coutume locale, j’ai senti mes proches décrocher: c’était moi, déracinement, qui cherchait des ponts. Le temps passe et je me surprends à raconter les anecdotes avec des références mixtes, et c’est comme si deux chronologies cohabitaient.
Parfois c’est tendre, parfois c’est irritant; le déracinement peut être une boussole qui pointe un peu trop d’un côté ou de l’autre. Ce qui compte, c’est de laisser une place à chaque nuance et de ne pas forcer une hiérarchie entre les mondes.
On m’a dit que le lecteur attend une narration claire, mais ce déracinement, c’est aussi une façon d’éprendre le style: des phrases qui hésitent, des ruptures, des silences; et peut-être que les attentes des lecteurs influencent ce que l’on montre ou attire sans le dire, comme si le genre imposait sa propre tolérance au mélange.
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